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Dossier Jean Behra

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Re: Dossier Jean Behra

Messagede maseramo » Mer 28 Mar 2018 21:56

1957, c'est aussi l'arrivée de la 450 S, cette barquette surpuissante (V8 de 4.5 litres 400 cv pour 790 kg plus de 300 km/h) qui est la plus rapide voiture de course de ces années et fait peur à tous les pilotes, même un peu à Fangio. Pas à Behra qui a tout de suite adoré ce monstre qui "a une alonge phénoménale".


Jean amène à l'autodrome de Modène son petit frère cadet (Georges Behra, 21 ans) pour le premier essai de la 450 S. Comme il y a deux places, il propose à Georges de s'installer à côté de lui. 60 ans après, Georges en tremble encore :"ça poussait indéfiniment, les lignes droites paraissaient ridiculement courtes, j'avais l'impression qu'on allait jamais ralentir avant les virages tant ça allait vite et que Jean freinait tard. Cette 450 S faisait un bruit terrible avec ses échappements sortant des flancs de chaque côté, on aurait dit le bruit d'un hélicoptère. Il y avait deux places mais c'était très rudimentaire, pas de ceintures de sécurité, un petit saute vent et c'est tout. Avec cette voiture extraordinaire, mon frère et Fangio ont remporté un peu plus tard les 12 heures de Sebring 1957 !"

Sur ce bolide de folie, l'équipage Fangio-Behra remporte en effet haut la main les 12 heures de Sebring 1957 en pulvérisant littéralement tous les records de l'épreuve :
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Fangio en casquette échange avec Behra lors des essais à Sebring 1957 :
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Guerino Bertocchi est entre les deux pilotes.

Deux génies du pilotage (Fangio a des lunettes de rechange autour du cou, pas Behra depuis son accident au Tourist Trophy 1955) :
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Behra mène la course :
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A l'arrivée, toujours de nuit à Sebring :
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Re: Dossier Jean Behra

Messagede maseramo » Mer 28 Mar 2018 22:00

Malheureusement, Jean Behra se blesse lors des essais sur route en prévision des Mille Miglia 1957. A près de 200 km/h avec la 450 S sur route ouverte près de Modène, un camion qu'il double lui cache un virage, il part en tonneau dans un champ.

Jean Behra commenta lui-même cet accident : "je plongeais dans l'habitacle quand la barquette se retournait et j'essayais d'être éjecté quand elle était dans le bon sens", ce qui se produisit.
Incroyable analyse de la situation, "même durant l'accident , on a le temps de penser" !

Les paysans ahuris voient Jean Behra se lever et venir examiner l'état de la voiture, il a juste un poignet cassé. Il devait participer aux Mille Miglia trois jours plus tard avec le père Sergio Mantovani comme copilote. Ce prêtre de la paroisse Santa Caterina dont dépend l'usine Maserati est un passionné de course automobile et taquine parfois lui-même le volant sur l'autodromo di Modena. Il est devenu au fil des années le confident et l'ami de Jean Behra. Don Sergio fut déçu de ne pas participer aux Mille Miglia mais heureux que Jean ne sois pas trop sévèrement blessé, suffisament cependant pour déclarer forfait pour le Grand Prix de Monaco et les 1000 km du Nürburgring. Ci-dessous, Don Sergio Mantovani, Jean Behra et Harry Shell :
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Poignet rétabli, Jean remporte le très disputé Grand Prix de Modena 1957 sur 250 F #2528 :
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et le Grand Prix de Suède 1957 sur 450 S #4507 en équipage avec Moss :
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Ci-dessous après le Grand Prix de Suède, Joachim Bonnier (3ème avec Giorgio Scarlatti sur Maserati 300 S derrière les seconds Peter Collins-Pill Hill sur Ferrari 335 S) et l'équipage vainqueur Jean Behra-Stirling Moss sur Maserati 450 S #4507 :
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Re: Dossier Jean Behra

Messagede maseramo » Mer 28 Mar 2018 22:06

Jean Behra à Aintree au Grand Prix d'Angleterre qu'il a failli gagner car il menait largement la course jusqu'à ce que l'embrayage de sa 250 F #2528 ne le lâche dans les derniers tours :
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Jean est à ce moment un peu dépité de ne parvenir à remporter un Grand Prix comptant pour le championnat du monde de Formule 1, d'autant plus que son équipier chez Maserati, Juan Manuel Fangio, est sacré champion du Monde dès le mois d'août au Nürburgring.

Jean accepte alors la proposition fort bien payée de Raymond Mays, le patron de BRM (British Racing Motors), de piloter une BRM de Formule 1 au Grand Prix de Caen 1957 et au Daily Express International Trophy 1957 à Silverstone, courses auxquelles Maserati n'est pas engagée.
Jean remportera ces deux courses avec une BRM 4 cylindres mais assez proche esthétiquement de la Maserati 250 F avec sa prise d'air à droite :
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Notez les amortisseurs extérieurs à l'arrière !


A la fin de la saison, Jean Behra participe au Grand Prix d'Italie à Monza avec la Maserati 250 F à moteur V12 330 cv #2531 mais, là encore, il ne parvient pas à suivre Juan Manuel Fangio sur sa 250 F 6 cylindres 270 cv, moins véloce mais plus prompte à se relancer.
Ci-dessous Behra sur la V12 puis Fangio sur la 6 cylindres au même endroit à Monza :
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Jean se console en remportant sur Maserati 250 F le Grand Prix du Maroc, hors championnat mais richement doté :
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La saison 1957 se termine au Grand Prix de Caracas où Jean est brûlé aux mains alors que sa 450 S qui menait la course s'embrase littéralement lors de son ravitaillement aux stands. Guerino Bertocchi est également brûlé et les deux compères se retrouvent, brièvement, à l'hôpital.


Au total quelques belles victoires lors de cette saison 1957, notamment sur 450 S avec les 12 heures de Sebring et le Grand Prix de Suède, mais la déception de ne pas réussir à vaincre en Formule 1 face à Fangio !


Jean Behra, qui vient de signer avec BRM (qui lui fait un "pont d'or") pour la saison 1958, n'a plus aucun remord quand il apprend que Maserati se retire de la compétition "usine" à la fin de la saison 1957. Je vous l'ai dit, c'est un sentimental, Jean Behra. Il n'aime pas quitter ses amis.

Surtout que Jean aura connu de belles joies chez Maserati :
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Re: Dossier Jean Behra

Messagede maseramo » Mer 28 Mar 2018 22:18

Après quatre années où il fut champion de France Moto sur Guzzi (1948-1949-1950-1951),

après trois ans chez Gordini F1 et Sport (1952-1953-1954),

après trois ans chez Maserati F1 et Sport (1955-1956-1957),

Jean Behra entame ses deux dernières saisons :

en 1958 chez BRM en F1 et Porsche en Sport

en 1959 chez Ferrari en F1 et Sport puis Porsche et Behra-Porsche en Sport. Il décèdera au volant d'une Porsche le 1er août 1959.




Revenons pour l'instant à 1958. La saison 1958 commence par le Grand Prix d'Argentine de Formule 1 mais BRM n'a pas fait le déplacement. Libéré, Jean Behra court sur une Maserati 250 F privée (#2527 de l'australien Kavanagh). Pour une fois, Jean Behra devance Juan Manuel Fangio qui court sur une autre 250 F privée :
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Mais c'est Stirling Moss qui les battra tous les deux avec sa Cooper à moteur Climax de seulement 2 litres en central arrière : changement d'époque !




Jean Behra est premier pilote chez BRM (British Racing Motors) en Formule 1 pour 1958 avec Harry Shell comme coéquipier. Georges Behra se souvient que son frère Jean avait investi beaucoup d'espoir dans cette marque mais il fut très déçu. "Il n'y avait pas de fiabilité. De plus, les freins in-board chauffaient et perdaient toute efficacité. C'est ce qui explique sa sortie de route à Goodwood alors qu'il menait la course. "
Jean sans freins parvient à éviter les tribunes mais percute un mur de briques à environ 120 km/h au moment de l'impact. Il en est miraculeusement quitte pour un coup du lapin, une grosse contusion de la cuisse gauche et quelques cotes fracturées ! La tête n'est pas passée loin du mur en briques. Jean ne portait pas son casque habituel ce jour là et sa BRM ressemblait beaucoup à une Maserati 250 F avec sa prise d'air à droite :
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Jean Behra rétabli à Monaco 1958 dans la BRM que l'on reconnait à ses amortisseurs externes :
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Son 4 cylindres est assez vaillant et Jean Behra est en tête du grand Prix de Monaco pendant 27 tours avant d'abandonner, sa monoplace ne freinant plus !


Malgré une troisième place au Grand Prix de Hollande, Jean Behra est découragé par une série d'abandons sur pannes mécaniques de sa BRM . Sa saison 1958 de Formule 1 est un fiasco.



Mais il se ratrappe avec une belle saison en Sport sur Porsche :
- troisième aux 1000 km de Buenos Aires en équipage avec Stirling Moss
- second à la Targa Florio
- premier au Grand Prix de Rouen, à Reims et au Mont Ventoux
- troisième aux 24 heures du Mans en équipe avec Hans Hermann

En Sport en 1958, Jean Behra est sacré à la fois champion de France et d'Allemagne !

Victorieux à Rouen 1958 avec une Porsche 550 A1500 :
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Victorieux à Reims avec une Porsche 718 RSK à poste de conduite central :
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Jean Behra en est désormais convaincu : le moteur d'une voiture de course doit être positionné en central arrière et il est bien décidé à en construire une, une "Behra - Porsche" motorisée par le moteur 4 cylindres à plat de la Porsche 718 RSK.

La comtesse Maria Teresa De Filippis est proche de Jean Behra, au point de passer des vacances dans sa famille à Saint-Raphaël. Elle fut en 1958 la première femme pilote de Formule 1 (sur Maserati 250 F privée), et porta le casque aux couleurs de Jean Behra pour le Grand Prix d'Italie à Monza en 1958 (elle était 6ème à deux tours de la fin quand le moteur de sa Maserati 250 F rendit l'âme) :
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Maria Teresa De Filippis fut également "l'employée" de Jean Behra en 1959 quand elle se vit confier la Behra-Porsche aux essais du Grand Prix de Monaco 1959, comme nous le verrons plus loin.
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Re: Dossier Jean Behra

Messagede maseramo » Mer 28 Mar 2018 22:25

Pour 1959, Jean Behra est engagé par la Scuderia Ferrari en Formule 1 et en Sport. Malgré de mauvais résultats en Formule 1 en 1958, Jean est toujours considéré comme étant l'un des deux ou trois meilleurs pilotes au monde, peut-être le plus rapide de tous car il a collectionné un nombre de tours en tête et de records du tour ahurissant, même si ça s'est malheureusement souvent terminé par un abandon sur casse mécanique. De plus en 1958 Juan Manuel Fangio a pris sa retraite, Luigi Musso et Peter Collins ont trouvé la mort en course sur Ferrari. Ainsi, en 1959, Enzo Ferrari accueille à bras ouverts Jean Behra en même temps que Tony Brooks (le dentiste le plus rapide de la planète) et Phill Hill.

Ci-dessous Enzo Ferrari et Jean Behra à l'autodromo di Modena : deux très fortes personnalités ! Notez l'ingénieur Carlo Chiti à gauche (photo issue du livre de Jean luc Fournier "Behra, le prince des damiers") :
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Jean Behra avec la Ferrari 246 (2.47 litres, 6 cylindres en V, 280 puis 290 cv pour 550 kg) de Formule 1 non encore peinte :
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Cette voiture, championne du monde de Formule 1 en 1958 avec Mike Hawthorn (qui vient de se tuer lors d'un accident de la route en janvier 1959) possède des freins à disque et des ressort hélicoidaux à l'arrière en remplacement des lames transversales.


Jean est désormais pilote Ferrari et arborre le "Cavallino Rampante" sur son célèbre casque :
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La saison 1959 débute bien pour Jean Behra en Sport avec la Ferrari TR 59 (V12 de 3 litres 300 cv) qu'il porte (avec Cliff Allison) à une belle seconde place aux 12 heures de Sebring et à une troisième place aux 1000 km du Nürburgring (avec Tony Brooks). Ci-dessous Jean Behra à Sebring :
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Durant les premiers mois de 1959 dans les ateliers de sa compagnie TEC-MEC à Modène, l'ingénieur Valerio Colotti (le père de la Maserati 250 F du temps où il travaillait pour la firme au Trident) a créé le châssis de la future Behra-Porsche à partir d'un châssis de Porsche 718 RSK assez fortement modifié, adapté à la position centrale du pilote et au non carrossage des roues. L'assemblage final avec un moteur Porsche 718 RSK (4 cylindres à plat, 1.5 litres, 160 cv) en position centrale arrière a lieu dans les ateliers De Tomaso à Modène. Ci-dessous Jean Behra début 1959 dans sa Behra à moteur Porsche en construction chez De Tomaso à Modène :
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Re: Dossier Jean Behra

Messagede maseramo » Mer 28 Mar 2018 22:29

La saison 1959 de Formule 1 débute avec les 200 Miles d'Aintree où Jean Behra s'impose avec sa Ferrari 246. Malheureusement, cet "échauffement" assez prestigieux ne compte pas pour le championnat de Formule 1.


Malgré cette victoire, il y a déjà de l'eau dans le gaz entre Jean Behra et Enzo Ferrari qui n'apprécie pas du tout que son pilote de Formule 1 développe en même temps sa propre monoplace de Formule 2 à moteur Porsche central arrière, construite qui plus est à Modène et affinée sur l'Autodromo Di Modena par Jean Behra entre deux séances sur Ferrari (la piste de Ferrari à Fiorano n'était pas encore construite à l'époque).

Georges Behra m'a appris qu'Enzo Ferrari avait catégoriquement interdit à Jean Behra de qualifier sa Behra-Porsche en Formule 2 au Grand Prix de Monaco 1959, alors que Jean vient de signer le second temps des essais sur sa Ferrari 246 de Formule 1. Jean est quand même très fier de présenter sa Behra-Porsche à Monaco, garée juste devant sa Ferrari (oulala, oulala !) :
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Finalement Jean confie sa Behra-Porsche non encore peinte en bleu à Maria Teresa De Filippis qui ne réussit pas à la qualifier. Ci-dessous Maria Teresa sur Behra-Porsche aux essais à Monaco 1959 :
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D'après Georges Behra, si Ferrari avait laissé Jean Behra piloter la Behra-Porsche, il l'aurait qualifiée.


Toujours est-il qu'en Formule 1, Jean Behra part comme une flèche lors du Grand Prix de Monaco 1959 et double dès le départ la Cooper-Climax de Stirling Moss qui avait fait la pole.
Jean creuse l'écart. Sa Ferrari a le nez extrêmement court (et pas très beau) pour pouvoir se rapprocher au maximum du concurent à doubler sans le toucher (mais Jean est en tête !), pour augmenter aussi le refroidissement du moteur :
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Jean Behra mène la course avec sa Ferrari pendant 25 tours mais, d'après Georges, il savait que son moteur ne tiendrait pas. Effectivement, au virage du Gazomètre, celui-ci explose. Dépité, Jean Behra rentre aux stands en roues libres. Georges nous apprend que, dans les stands, Jean a sauté hors de la voiture qui avançait encore et est allée "se garer contre le muret toute seule 10 mètres plus loin" ! Cette nonchalance de Jean rend fou Romolo Tavoni, le manager de Ferrari et, selon Georges, cet épisode des stands à Monaco marque le début de la fin entre ce manager et Jean. Cette mésentente aboutira à la fameuse gifle de Jean Behra à Romolo Tavoni après le Grand Prix de France à Reims où le moteur de la Ferrari du champion français avait rendu l'âme alors qu'il se battait pour la victoire. Jean Behra fut immédiatement renvoyé de chez Ferrari à cause de cette gifle, évènement à ma connaissance rarissime pour ne pas dire unique !
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Ci-dessus Jean Behra brillant sur sa Ferrari de Formule 1 à Reims en 1959. Il ne sait pas encore que c'est la dernière fois qu'il pilote pour Ferrari. (la Ferrari 246 est quand même nettement plus belle avec son nez long plutôt qu'avec le nez court de Monaco).
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Re: Dossier Jean Behra

Messagede maseramo » Mer 28 Mar 2018 22:35

Après son licenciement par Ferrari, Jean Behra n'est curieusement pas affecté outre mesure. Il court sur Porsche 718 RSK les 2 heures de Charade où il se place à une excellente seconde place . Mais surtout Jean a l'immense plaisir de piloter sa Behra-Porsche à Pau où il termine 5ème malgré deux tête à queue sous la pluie et un arrêt supplémentaire aux stands pour changer une roue abîmée alors qu'il bataillait pour la première place :
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Le potentiel de la Behra Porsche est certain et son avenir très prometteur. Jean est manifestement très heureux à ce moment dans sa voiture qui lui fait oublier Ferrari :
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Georges Behra nous raconte : "Jean était un impulsif, un combattant, et c'est d'ailleurs sans doute pour cela qu'il est mort. Lors de cette course sans grand enjeu sur le vieux circuit de l'Avus à Berlin le 1er aout 1959, Jean était en 3ème position sur une Porsche client avec deux Porsche d'usine devant lui (pilotées par Wolfgang Von Trips et Jo Bonnier). Il aurait pu se contenter de les suivre. Non, il voulait les dépasser, ce qui était impossible à la régulière. Son idée fut sans doute de monter très haut dans le virage relevé pour profiter de la descente en fin de virage et les doubler malgré la puissance moindre de sa voiture. Malheureusement, il a dérapé sous la pluie dans la portion très haute, presque verticale, de ce virage et s'est tué. Il n'est pas mort dans la voiture, qui a frappé de l'arrière un ancien socle de DCA (canons anti aériens de la seconde guerre mondiale). Il a été éjecté et a malheureusement heurté de plein fouet un poteau. A l'époque, l'habitude était de ne pas restaurer une épave dans laquelle un pilote était mort. Mais comme il n'était pas mort dans cette voiture, la Porsche fut restaurée."
Ci-dessous probablement les dernières photos de Jean Behra juste avant son accident :
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La voiture de Jean Behra plantée en haut du virage relevé de l'Avus dont le revêtement en brique devait être très glissant sous la pluie :
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Presque 60 ans se sont écoulés depuis ce triste jour, mais l'émotion et les regrets sont toujours là. Jean Behra n'avait que 38 ans qu'il a parcourus à toute vitesse en laissant une trace indélébile dans l'histoire de la course automobile. Ses ultimes concurrents, Wolfgang Von Trips et Joakim Bonnier, perdront eux aussi la vie en course quelques années plus tard.
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Re: Dossier Jean Behra

Messagede maseramo » Mer 28 Mar 2018 22:36

Après la mort de Jean Behra, la Behra-Porsche est engagée dans quelques courses en 1960 (Grand Prix d'Argentine, Aintree, Monza) aux mains de Masten Gregory, d'Hans Hermann ou de Fred Gamble avec quelques places d'honneur. Ci-dessous Masten Gregory avec la "belle bleue" en Argentine :
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Cette voiture unique se trouve actuellement dans la collection "Collier" à Naples en Floride.
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Re: Dossier Jean Behra

Messagede maseramo » Mer 28 Mar 2018 22:37

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Voici, chers amis Maseratistes, quelle fut la carrière de Jean Behra, un pilote généreux et très rapide, peut-être même trop rapide par rapport aux capacités de résistance des mécaniques de son époque, en Formule 1 notamment. Les Gordini, BRM et même Ferrari l'ont souvent lâché alors qu'il alignait les records du tour et caracolait en tête ou qu'il effectuait une remontée spectaculaire après une sortie de route.

Si on regarde bien son palmares, les Maserati 250 F furent semble-t-il les plus résistantes et c'est bien à leur volant que Jean Behra connut le plus de succès en Formule 1.

Finalement, c'est curieusement en endurance, en catégorie Sport, que ce sprinter surdoué du record du tour signa ses plus belles performances, sur Maserati (victoires aux 1000 km du Nürburgring 1955 sur 300 S, à Sebring 1957 et en Suède 1957 sur 450 S), sur Porsche (2ème à la Targa Florio 1958, 3ème au Mans 1958) et sur Ferrari (2ème aux 12 h de Sebring 1959, 3ème aux 1000 km du Nürburgring 1959).

Toujours est-il que le style spectaculaire et véloce de Jean Behra ravissait le public, le tenait en haleine et lui assurait une très grande popularité.


Grand merci monsieur Behra pour avoir fait vibré nos grands parents, nos parents et nous aussi à l'évocation rétrospective de vos courses qui réclamaient un courage vraiment exceptionnel.


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Jean Behra sur Maserati 250 F à Pescara en 1957.


Je laisserais les mots de la fin à Stirling Moss qui affirme, au sujet de Jean Behra : "Jean était certainement le plus rapide de nous tous. Il aurait mérité une carrière plus belle, bien que la sienne soit déjà très enviable".
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Re: Dossier Jean Behra

Messagede Froggie » Jeu 29 Mar 2018 00:28

Encore mille mercis Alido, ça se lit comme un conte, on ne s'en lasse pas.
Et on a l'impression de revivre cette époque formidable, celle de pilotes qui étaient de vrais aventuriers
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