La Tipo 26R
Deux exemplaires (#21 et #28) furent construits en 1928.
Ci-dessous la Tipo 26R #28 du Comte Aymo Maggi, ce jour là en version Mille Miglia (avec gardeboue et phares) :
L’année 1928 fut une année particulière car la réglementation concernant les voitures de Grand Prix changea. La nouvelle formule essayée, qui ne dura qu’un an et ne sera pas reconduite avant 1934, exigeait un poids entre 550 et 750 kg mais autorisait une cylindrée libre. Compte tenu de ce poids très limité, il était de toute façon assez difficile d’utiliser un moteur de plus de 1.5 litres. C’est dans ce cadre réglementaire particulier que naquirent en 1928 les deux exemplaires de Tipo 26R à 8 cylindres en ligne à compresseur et tout de même 1.7 litres de cylindrée.
Le R du nom Tipo 26R signifie Rulli en italien, Roulements, et la genèse de cette auto est assez cocasse, comme vous allez le découvrir.
La Tipo 26R (Rulli)
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La Tipo 26R (Rulli)
"quando turbo spira ...", Dante Alighieri dans "La Divina Commedia"
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Re: La Tipo 26R (Rulli)
En 1928, Bartolomeo Costantini, pilote mais aussi attaché commercial chez Bugatti, vint à Bologne rendre une visite amicale à Alfieri Maserati, arrivant au volant d’une superbe Bugatti 35 bleue de compétition qu’il gara dans la cour de l’usine Maserati. « Meo » Costantini fut accueilli avec les grands honneurs. Alfieri l’invita à dîner à l’une des meilleures tables de Bologne, via Indipendenza. La soirée, arrosée des meilleurs vins, se poursuivit tard et la légende prétend qu’Alfieri, après le restaurant, emmena son ami goûter les charmes féminins tarifés les plus délicieux du Bologne de ces années folles … Ils ne rentrèrent à l’usine qu’à l’aube …
Pendant ce temps, Ernesto Maserati, un jeune mécanicien prometteur du nom de Guerino Bertocchi et une escouade de mécanos passaient une nuit blanche à démonter entièrement la Bugatti de course afin d’en découvrir tous les mystères. Ils furent particulièrement captivés par les roulements aux extrémités et sur les paliers du vilebrequin ainsi que sur les attaches des bielles, roulements qui remplaçaient le métal antifrictions de la plupart des autos contemporaines et dont, au pied à coulisse, ils saisirent toutes les cotes. Là se tenait le secret des moteurs de Molsheim. Ils relevèrent également la course des pistons relativement courte à 70 mm, l’épaisseur de seulement 4 mm des fers en U des longerons du châssis et une multitude de détails qui, mis bout à bout, faisaient la différence. C’était quelque chose une Bugatti de course, et Ernesto Maserati et ses acolytes allaient de surprises en exclamations, sans la moindre envie de dormir…
Le lendemain en milieu de journée après quelques heures de sommeil, « Meo », avec une légère « gueule de bois » mais fort content des saveurs bolognaises de la soirée et de la nuit, récupéra sa Bugatti garée exactement dans la position où il l’avait laissée la veille et ne soupçonna rien.
Pendant ce temps, Ernesto Maserati, un jeune mécanicien prometteur du nom de Guerino Bertocchi et une escouade de mécanos passaient une nuit blanche à démonter entièrement la Bugatti de course afin d’en découvrir tous les mystères. Ils furent particulièrement captivés par les roulements aux extrémités et sur les paliers du vilebrequin ainsi que sur les attaches des bielles, roulements qui remplaçaient le métal antifrictions de la plupart des autos contemporaines et dont, au pied à coulisse, ils saisirent toutes les cotes. Là se tenait le secret des moteurs de Molsheim. Ils relevèrent également la course des pistons relativement courte à 70 mm, l’épaisseur de seulement 4 mm des fers en U des longerons du châssis et une multitude de détails qui, mis bout à bout, faisaient la différence. C’était quelque chose une Bugatti de course, et Ernesto Maserati et ses acolytes allaient de surprises en exclamations, sans la moindre envie de dormir…
Le lendemain en milieu de journée après quelques heures de sommeil, « Meo », avec une légère « gueule de bois » mais fort content des saveurs bolognaises de la soirée et de la nuit, récupéra sa Bugatti garée exactement dans la position où il l’avait laissée la veille et ne soupçonna rien.
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Re: La Tipo 26R (Rulli)
Ainsi naquit la Tipo 26R aux Roulements « inspirés » étroitement de ceux de la Bugatti 35 ! La 26R surprit tout le monde par ses performances et le formidable rendement de son 8 cylindres en ligne de 1700 cc délivrant 140 cv au régime très élevé pour l’époque de 6500 tr/mn obtenu grâce à la course courte ! De plus, grâce à des longerons en acier de seulement 4 mm d’épaisseur, la 26R ne pesait que 720 kg à sec et validait le cahier des charges. Mais elle ne fut prête que l’été 1928 et ne participa qu’à une seule course internationale, le Grand Prix de Monza en septembre 1928 où les deux exemplaires, aux mains d’Ernesto Maserati (#21) et du Comte Aymo Maggi (# 28), se classèrent 5 et 6ième.
En 1929, le règlement de la catégorie Grand Prix revint à la cylindrée de 3 litres avec compresseur et la Tipo 26R n’y avait donc plus sa place. Par contre, elle excella dans les courses plus modestes. Ci-dessous en version piste au Real Premio di Roma avec Clemente Biondetti au volant :
Ci-dessous au Passo della Raticosa la Tipo 26R en version route (avec gardeboue et phares) impressionna par son extrême rapidité aux Mille Miglia 1929 avec Ernesto Maserati et Baconin Borzacchini au volant, avant d’abandonner malheureusement un peu après Rome :
Les deux exemplaires de Tipo 26R signèrent par la suite des places d'honneur dans les diverses courses italiennes jusqu'au milieu des années 30 ! L’amusant espionnage industriel des frères Maserati rapporta quand même quelques fruits !
En 1929, le règlement de la catégorie Grand Prix revint à la cylindrée de 3 litres avec compresseur et la Tipo 26R n’y avait donc plus sa place. Par contre, elle excella dans les courses plus modestes. Ci-dessous en version piste au Real Premio di Roma avec Clemente Biondetti au volant :
Ci-dessous au Passo della Raticosa la Tipo 26R en version route (avec gardeboue et phares) impressionna par son extrême rapidité aux Mille Miglia 1929 avec Ernesto Maserati et Baconin Borzacchini au volant, avant d’abandonner malheureusement un peu après Rome :
Les deux exemplaires de Tipo 26R signèrent par la suite des places d'honneur dans les diverses courses italiennes jusqu'au milieu des années 30 ! L’amusant espionnage industriel des frères Maserati rapporta quand même quelques fruits !
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Re: La Tipo 26R (Rulli)
Et qui se souviendrait de Bartolomeo Costantini aujourd’hui, près de 100 ans plus tard, si ce n’était pour sa mésaventure et sa désinvolture à laisser une Bugatti sans surveillance à l’usine Maserati ? « Meo » est au milieu sur la photographie ci-dessous, cigarette au bec, avec le sourire imperturbable de celui qui aime (trop ?) la vie :
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Re: La Tipo 26R (Rulli)
De 1926 à 1934, les Bugatti françaises (bleues) étaient, avec les Era anglaises (vertes) et les Alfa Romeo italiennes (rouges), les principales rivales des Maserati. Puis les « flèches d’argent » allemandes (Mercedes et AutoUnion) arrivèrent en 1934 alors que la réglementation revenait comme en 1928 à moins de 750 kg sans limite de cylindrée.
Profitant de l’avance de l’industrie allemande dans le domaine des alliages légers et de subventions astronomiques du régime nazi, les fléches d’argent (leur carrosserie aluminium à nu) parvenaient à des cylindrées de 4.5 et même 5 litres sur AutoUnion tout en restant sous 750 kg, faisant même l’impasse sur la peinture, traditionnellement blanche sur les autos allemandes. Leur suprématie en Grand Prix fut quasiment totale de 1934 à la guerre. Seul Tazio Nuvolari parvint une fois à les battre à Berlin sous la pluie avec son Alfa de la Scuderia Ferrari !
Profitant de l’avance de l’industrie allemande dans le domaine des alliages légers et de subventions astronomiques du régime nazi, les fléches d’argent (leur carrosserie aluminium à nu) parvenaient à des cylindrées de 4.5 et même 5 litres sur AutoUnion tout en restant sous 750 kg, faisant même l’impasse sur la peinture, traditionnellement blanche sur les autos allemandes. Leur suprématie en Grand Prix fut quasiment totale de 1934 à la guerre. Seul Tazio Nuvolari parvint une fois à les battre à Berlin sous la pluie avec son Alfa de la Scuderia Ferrari !
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Re: La Tipo 26R (Rulli)
Génial cette anecdote que je ne connaissais pas, presque trop belle pour être vraie ?...maseramo a écrit : ↑ven. 3 juil. 2026 22:37 Et qui se souviendrait de Bartolomeo Costantini aujourd’hui, près de 100 ans plus tard, si ce n’était pour sa mésaventure et sa désinvolture à laisser une Bugatti sans surveillance à l’usine Maserati ? « Meo » est au milieu sur la photographie ci-dessous, cigarette au bec, avec le sourire imperturbable de celui qui aime (trop ?) la vie :
IMG_9250.jpeg
Ghibli 1968 - Indy 1972 - 430-4V 1993
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Re: La Tipo 26R (Rulli)
Ah elle semble bien authentique, elle est rapportée dans plusieurs livres dont le très sérieux Tabucchi. Je demanderai son avis à Fabia Maserati, la petite fille d’Ernesto.
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